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gainsbourg, tête chou

Variation sur Marilou, extrait de son album L’homme à Tête de Chou (1976, Phonogram).
Retour sur un album gratiné.

 

Cet album, L’Homme à Tête de Chou, rassemble peut-être les textes les plus aboutis jamais écrits de la plume de Lucien Ginsburg, plus connu sous le pseudonyme de Serge Gainsbourg.

Narrant les mésaventures d’un journaliste de seconde zone qui se liera d’une passion amoureuse et malheureuse avec une coiffeuse black pour homme du nom de Marilou, cet album conceptuel s’inscrit parmi les chef-d’oeuvres incontournables de la discographie de Serge Gainsbourg et, pour certaines personnes, de la scène française du XXème siècle. Si j’ai choisi Variations sur Marilou pour illustrer ce post ce n’est pas tant pour sa singularité ou son caractère subversif et choquant (la marque de fabrique de cet artiste) mais bel et bien parce qu’elle constitue l’un des sommets imposés à la chanson française moderne tant au niveau de la complexité et de la recherche des textes qu’à l’échelle de la composition musicale.

L’homme à tête de chou (1976), ainsi que son précédent Melody Nelson (1973) , sont autant de preuves de l’avant-gardisme des oeuvres de Gainsbourg. Ainsi, c’est sur une mélodie rythmée au piano que les textes de Variations sur Marilou sont donc parlés et se joignent aux riffs léchés d’une guitare éléctrique pour décrire Marilou en pleine masturbation tandis qu’elle lit des comic-strips. Retour sur quelques extraits choisis.

 » Elle pousse le vice
Dans la nuit bleue lavasse
De sa paire de Levi’s
Arrivée au pubis
De son sexe corail
Ecartant la corolle
Prise au bord du calice
De vertigo Alice S’
enfonce jusqu’à l’os
Au pays des malices
De Lewis Caroll. »

« Lorsqu’en un songe absurde
Marilou se résorbe
Que son coma l’absorbe
En pratiques obscures
Sa pupille est absente
Mais son iris absinthe
Sous ses gestes se teinte
D’extases sous-jacentes « 

C’est donc avec plus d’une vingtaine de rimes que la chanson décrit cette scène sexuelle en une longue prose imagée et riche, rythmée par une avalanche d’alexandrins, parsemée, ça et là, d’octosyllabes expressives. Tout (ou presque) y passe : des contrerimes mêlées à des rimes plates (« Dans son regard absent/Et son iris absinthe/Tandis que Marilou s’amuse à faire des vol/Utes de sèches au menthol« ), des rimes embrassées (« Lorsqu’en un songe absurde/Marilou se résorbe/Que son coma l’absorbe/En pratiques obscures« ), des rimes battelées intégrées dans des rimes embrassées (« S’égare mon Alice/Au pays des malices/De Lewis Caroll« ) et enfin des rimes redoublées (« Accord de quartes et de quintes/Tandis que Marilou s’esquinte/La santé s’éreinte« ). Le tout s’appuyant pour la grande majorité sur des « rimes féminines » terminant sur un e caduc (résorbe/malice/lavasse, …) histoire d’accentuer le côté féminin de cette masturbation singulière.

Après une introduction au piano, la musique, quant à elle, reprend la même mélodie pianotée et rythmée par une timide batterie en fond tout au long du morceau. Quelques riffs de guitare font ensuite leur apparition et viendront enrichir la mélodie en accentuant la présence et l’impact de la voix tout au long du récit. Suivant le même schéma que la guitare, on remarquera l’entrée en scène de percussions au tambours, d’abord en tant que transition puis présents tout au long du morceau au côté de la batterie. Cette simplicité dans la ligne musicale est considérée comme un renforcement de la promiscuité et du voyeurisme malsain de la scène auquelle assiste contre son gré l’auditeur.

 

Il est des personnes qui imbibent de leur passage les consciences musicales de tout un horizon générationel. Serge Gainsbourg parvenait, plus qu’à glisser sur les genres, à bousculer de ses idées les lasses vagues monochromes de la norme, laissant derrière lui des traînées chamarrées dans l’écume fade de la variété française. Quand ces personnes en question s’avèrent être des auteurs inspirés, des compositeurs et interprètes à succès, des paroliers aux multiples facettes et des peintres à leurs heures oeuvres perdues, on appelle simplement ce genre de personnes des symboles éternels.

 

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