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PROJET I 2 octobre, 2008

Posté par yoodoo dans : (B)Reves,Projet , 3 commentaires

Oxyma

« -Dans un instant, assistez à la passionante histoire de Jérémie K. et Ivette B, deux individus comme vous et moi dont l’enfance fut boulversée par des parents abusifs, alcooliques et violent. Et c’est tout de suite après ceci ! « 

L’homme de la télévision avait accompagné sa dernière phrase par un clin d’oeil à faire gousser de plaisir la ménagère de plus de 45 ans. Les annonces télévisuelles commencèrent ensuite à emplir la pièce d’une ambiance capitaliste.

- »L’air de la ville vous pèse ? Vous vous sentez balloné et fatigué ? Prenez donc une bouffée d’air pur ! Grâce à Oxyma, un concentré d’oxygène actif préssurisé dans une bouteille au format malin. Oxyma, votre nouveau réflexe fraicheur qui ne manque pas d’…« 

Alors que le poste, seule source de lumière de l’appartement, inondait le grand salon d’une avalanche de couleurs artificielles, il se leva et se dirigea vers une large baie vitrée situé à l’angle opposé. Les quelques bouts de ciel qui se frayaient un chemin à travers le cercle urbain qu’offrait la baie ressemblaient plus à une bouillie improbable de nuances délavées qu’à un véritable paysage estival. On s’y habitue. Ca faisait plus de deux ans maintenant que le soleil n’avait pas réchauffé le béton armé de quelques rayons providentiels. En face de lui, des bâtiments et autres gratte-ciels s’élevaient tous plus hauts les uns que les autres dans une course effrénée contre nature. Depuis sa baie vitrée, il pouvait apercevoir plus d’une centaine de fenêtres (cent quarante huit pour être exact, il les avait compté un matin, à travers quelques volutes de caféine) qui rassemblaient pêle-mêle familles, employés ou scientifiques dans une prison chauffé au gaz et à double-vitrage. Bien qu’il fut, depuis sa baie, le témoin de beaucoup de ces brèves de vie, tous ces reflets vivants le renvoyait inéluctablement à sa propre réalité. Il était entouré d’individus comme lui mais ne connaissait pas le traitre mot de leur histoire, si ils en avaient une.

Après ces quelques minutes de contemplations embrumées, il pressa un interrupteur à l’extrémité sud de la baie en ajustant ses lunettes noires.

He is back 11 mai, 2008

Posté par yoodoo dans : (B)Reves , 3 commentaires

Il est tôt le matin et je me ballade.

J’ai la sensation que je marche dans une cage gigantesque. Mais c’est juste une rue étrange qui n’a aucune couleur. Quelqu’un a dû oublié de la peindre. Elle me fait penser à ces vieux torchons gris-délavé qui pourrissent aux côté d’assiettes poussièreuses dans certains placards. J’ai à peine atteint le coin de la rue qu’une pluie toxique s’abat sur la ville. Pourquoi toxique ? Je le sais, c’est tout. Etant le seul à paniquer de ces retombées acides, je prends la fuite pour me réfugier sous d’extraordinaires racines apparentes appartenant à un arbre ancien. Les trous, véritables refuges sous-terrains, paraissent tellement accueuillants que je me dirige immédiatement vers l’un d’entre eux pour m’y cacher. A ce moment-là, je ressens le regard scruteur d’un individu situé en bas de la rue. Devant le rideau de fer du supermarché se trouve en effet un homme en costume sorti tout droit d’un film de gangsters américain. Il se met à ma poursuite après avoir esquissé un geste grave qui désigne l’arbre majestueux. Aussitôt, une dizaine de clônes se ruent à ses côtés.

La scène de la fuite est en noir et blanc et l’image de la scène, pleine de grain, saute comme sur les vieilles bobines que l’on diffuse dans ces cinémas qui sentent le rancis. Je suis sûr que si il avait parlé, il aurait dit quelque chose comme :

« Mais putain, réveille-toi. Marre de jouer les intermittents du spectacle, quoi. « 

 

C’était la troisième fois qu’il m’apparaissait.

Nuée Ardente 26 avril, 2008

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C’était un soir où la douceur enivrante de l’oreiller laissa la place à la chaleur douce d’un feu de camp ; où la pollution sonore de la rue s’étira en l’espace d’un souffle jusqu’à devenir un rythme tribal surréel ; où l’ombre pâle d’un lampadaire diffusa des reflets chauds et dansants.

 

A ce moment-là, des brindilles de paille sautillaient à mesure que crépitait un orange majestueux et impressionnant. Des silhouettes illuminées, des visages et des figures. Des regards. Son regard.

Et son sourire.

Des mouvements clairs et sombres dansants dans un éclat de rire. L’ombre de quelques pas de danse portée par le feu. La mienne, dynamique se dessinant aux côtés de la sienne.

Et son sourire.

Des chants mêlés à nos soupirs ardents se répercutant avec force contre le silence profond de la forêt ainsi qu’une poussière de sable qui, soulevée par le vent, entraîna dans son envol des milliards de particules avec la forme de ras-de-marée embrumé. Les flammes passionnées réchauffant nos deux corps bouillonants puis le crépitement incroyable de brindilles rougeoyantes.

 

Et toujours ce merveilleux sourire, tel un leitmotiv éternel de ce rêve incandescent, se dressant comme en rempart au bip éteint et sans vie du réveil.

Violente Rumeur 19 avril, 2008

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Un essai ressorti du placard et quelque peu « embelli » pour le blog que j’ai écrit durant mon court passage à Londres. Je me demande d’ailleurs si il ne va gicler dans la partie Ecrits.

Des lumières, encore des lumières. Et toujours cette ville qui m’appelle.

Comme un fil invisible qui viendrait se nicher insidieusement au plus profond de vos entrailles et dont la taille ne cesserait d’augmenter à mesure que se rapproche le coeur de la ville, le berceau de l’agitation, le monde. Plutôt qu’un fil, la comparaison avec un cancer serait plus appropriée. Corrompant l’intérieur et se propageant comme un virus que l’on aurait choppé au détour d’une ruelle, ne laissant, une fois son oeuvre achevée, qu’un trou béant en plein milieu.

Ainsi, perdu au milieu de cette masse vertigineuse d’esprits, je me surprends à baigner à mon tour le mien dans cette effervescence continue composée de souvenirs arrachés brutalement à leur propriétaires, de pensées flottant ça et là et d’histoires représentant un peu toutes à leur manière autant de vérités individuelles. Mouvement continu. Tout bouge. Même ce flot diapré de lumières immobiles de la rue qui se reflète sur les vitres comme dans mes yeux à la manière d’une locomotive improbable emportant tout sur son passage. Mais ces aimants de lumières, ces sirènes colorées sont dangereuses. Elle ont un prix à payer.

Des rambardes hideuses sur le bord de la route, des sources de lumière de plus en plus rares et la sensation d’avoir laissé une partie de moi derrière. Sauvé pour cette fois.

Alors que mes yeux commencent à peine à percer les ténèbres d’une petite route de campagne, l’attraction insatiable qui s’est emparé de tout mon être s’est-en allée aussi rapidement qu’elle m’a frappé. Sans ressentir complètement indemne de cette rencontre, je me sens comme soulagé.

Tel un cancer, ces visions, cette ambiance, ces sensations referont surface un jour ou l’autre, en ayant pris soin de me ronger de l’intérieur au préabable.
J’en suis presque sûr…

Chacun sa drogue 12 avril, 2008

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Chacun sa drogue dans (B)Reves enkibilal012qo7

 

Hier, je suis allé chez le marchand de sommeil mais il n’avait plus rien à me vendre, « tout est parti, petit gars ! m’a t’il dit en montrant sa vitrine vide d’un geste dont la vigueur trahissait son âge. A cause de la formule Trankil’Hibern, c’est avec des cartons entiers d’essence de sommeil qu’ils repartent à chaque fois !  »

C’était, selon mon marchand, un marché extrêmement prolifique, peut-être même un peu trop pour son âge. Il pensait que c’était parce qu’ils voulaient s’éloigner le plus possible de la réalité que les gens créent des placebos en tout genre, que la vrai question était de savoir pourquoi les gens se réveillent à contre-coeur alors qu’ils se couchent parce qu’ils en ont envie. Mais ça, il l’avait lu quelque part sans pouvoir me donner le nom de l’auteur. Il mit la clef sous la porte quelques heures plus tard. Depuis le temps qu’il exerçait mon marchand de sommeil, il fallait bien que cela arrive de toute façon.

Je sortis sans un mot. Sur le trotoir d’en face, j’assistai à la métamorphose de la compagnie Douce Chimère. Les fondations métalliques s’agrandissaient à chaque secondes, déchirant les plafonds plâtrés et explosant les fenêtres en un fracas moins assourdissant que l’écho éléctrique des scies sur le métal. Le tout résonnait au coeur des gigantesques entrepôts du sous-sol faisant se soulever d’énormes volutes de poussière grise. Sans prêter la moindre attention au chahut infernal qui se tramait autour d’eux, des caddies autonomes, véritables pièces de métal ambulantes dôtées d’un processeur, s’activaient à leur tâches quotidiennes sur le parking.

Le changement temporaire s’était transformé en une mutation perpétuelle. Ou conjoncture instable à long terme comme ils l’appellaient.

Tout est une question de vocabulaire.

Image : Enki Bilal

 

Pâle rumeur

Posté par yoodoo dans : (B)Reves , ajouter un commentaire

Alors que le vent, dans un dernier souffle, envoie avec force les dernières bourasques de l’acte, l’hiver s’enfuit à tâton par la porte de derrière. Quelques applaudissements se font entendre entre deux soupirs puis le rideau se ferme en révélant une nuée de couleur chatoyantes. On aperçoit dans les coulisses les trois autres figures principales attendant avec impatience leur montée sur scène. Réouverture. Ils se tiennent tous là, sur scène, les acteurs accompagnant l’hiver. Il fit ses adieux aux spectateurs ce soir au bras d’un torrent de feuilles mortes ballottées au gré du vent. La neige, remplacée par sa cousine la pluie, n’a pu éclairer la scène de la douceur de ses flocons pâles ce soir-là.

C’était un adieu provisoire. Tout à une fin, même si cette dernière se répète.

 

 

La raison sans la folie n’aurait pas de raison d’être. La souffrance, sans son acolyte, le bien-être, ne pourrait être mesurée. La maladie sans la santé deviendrait une notion grave, presque interdite.

L’hiver sans le printemps serait une saison dénuée de toute beauté.

Musique : Vivaldi, Winter Allegro

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